dimanche 24 février 2008

Désespoir ou espoir des Harragas?

Je viens de lire un article de presse dans un quotidien algérien, et j’étais très étonné de lire que le sociologue Français Christian Baudelot à affirmé dans une conférence de presse au Centre culturel français à Alger, que le phénomène de l’imigration clandestine « ne s’agit pas à mon avis d’un acte de désespoir mais plutôt d’espoir, car le candidat à l’imigration clandestine, même s’il sait qu’il peut mourir en mer, garde toujours l’espoir d’arriver au bout de son voyage » Avant d’ajouter : « C’est donc un acte d’espoir, c’est un risque à prendre et non pas un acte de mort volontaire ou de suicide ».

Sincèrement je n’arrive pas à comprendre les propos de cet intellectuel, pourtant, muni de riches données consignées dans son nouvel ouvrage: Suicide : l’envers de notre monde, écrit et réalisé conjointement avec le professeur Roger Establet.

Christian Baudelot est arrivé à la conclusion que le suicide accompagne les mouvements de la société et touche surtout les pauvres. C’est là, les résultats d’une enquête et d’un travail empirique poussé sur les cas de suicide dans le monde !!

En lisant ses dires, l’image d’un jeune, que je connaissais, dont son cadavre a été repêché par les gardes cotes algériennes, au mois de novembre de 2006, remonte à mon esprit !
Ce diplômé en statistique de 22 ans, a payé de sa vie son désir d’évasion.
Peut-on appelé son acte d’un « espoir » ? Ce sera, à mon sens, une insulte à sa mémoire !
Qui a poussé cet étudiant à défier la mer pour rejoindre « l’eldorado » Européen ?
S’il n’était pas désespéré dans son propre pays, aura-t-il comme « unique projet » que de traverser la méditerranée avec un petit bateau de plaisance ?

Répondre à ces questions n’est pas à ce point compliqué. La majorité des Harragas jouent avec la mort pour fuir une misère. C’est un résultat d’un mauvais « climat » socioprofessionnelle qui étouffe jusqu'à l’agonie la jeunesse, pas seulement algérienne, mais aussi et surtout maghrébine.

Le phénomène d’el Harraga est comme un syndrome, une fois la personne est atteinte, ce sera très difficile de redresser la barre. Car, si le « malade » de ce virus, (el harrag), est toujours dans le même environnement (chômage, malvie, avenir incertain, etc.), et rien de changement, il sera habité par l’idée de fuir, et à tout prix. Il sera prêt à payer, même, le prix de sa vie !

Ils n’ont pas d’autres moyens, Monsieur ! Ils sont entrain de chercher le meilleur, qui pour aider sa famille, qui pour bâtir son avenir, ….et la liste est très longue !
Sont-ils au courant, aussi, que même les jeunes filles et les enfants tentent l’aventure, souvent mortelle ?

Vingt Algériens, dont une jeune fille de 19 ans, ont été sauvés au mois d’avril de 2007, par les garde-côtes de la Wilaya de Annaba (Algérie), selon le communiqué du commandement des forces navales du même mois.
Selon l’office des établissements de la jeunesse (ODEJ) de la wilaya de Constantine, 1 485 harragas sont interceptés en 2007 contre 1 016 en 2006 et 335 en 2005. Récemment, le 23 février 2008, 22 harragas interceptés, heureusement, vivant à Annaba.

S’agissant du nombre de cadavres repêchés dans les eaux territoriales algériennes, les chiffres sont éloquents : 29 en 2005 et 73 en 2006. Le Maroc et la Tunisie vivent, quand à eux, presque la même situation !
Au cours de l’année 2007, 1 861 immigrés clandestins, de différentes nationalités (Tunisiens, Marocains, et surtout de l'Afrique subsaharienne) sont morts en tentant de rejoindre un des pays du sud de l’Union européenne, dont 1684 en mer Méditerranée, selon le recensement de l’association italienne Fortress Europe publié lundi 7 janvier 2008. 2 088 cadavres ont été repêchés en 2006. Décembre 2007 a été un des mois le plus meurtrier de l’année avec 243 morts au total dont 120 en mer Egée.

Selon la revue de presse de Fortress Europe 8.966 immigrés sont morts aux frontières de l'Europe depuis 1988, dont 3.079 sont disparus en mer.
Dans le Canal de Sicile 2.023 personnes sont mortes, entre la Libye, l'Égypte, la Tunisie, Malte et l'Italie, dont 1.209 disparus, et 35 autres ont perdu la vie le long des nouvelles routes entre l'Algerie et l'île de Sardaigne; 3.086 personnes sont mortes au large des îles Canaries et du détroit de Gibraltar entre le Maroc et l'Espagne, dont 1.277 disparus; 693 personnes sont mortes en mer Egée, entre la Turquie et la Grèce, dont 343 disparus; 553 personnes sont mortes en mer Adriatique, entre l'Albanie, le Montenegro et l'Italie, dont 250 disparus. Mais on ne traverse pas la mer seulement à bord de pirogues. En naviguant cachés à bord de navires de cargaison régulierement enregistrés, au moins 140 hommes sont morts asphyxiés ou noyés.
Mais avant d'arriver à la mer, le Sahara est un passage obligé et non moins dangereux. Les aventuriers africains le traversent sur des camions comme sur des véhicules tout terrain le long des pistes entre le Soudan, le Tchad, le Niger et le Mali d'un côté et la Libye et l'Algérie de l'autre. En Algerie au moins 1.079 personnes sont mortes depuis 1996.
Mais selon les survivants, presque chaque voyage compte ses victimes. Ces chiffres sont, il est vrai, approximatif. Car selon les survivants presque chaque voyage compte ses victimes.

Les voies des Harrags sont inombrables ! Vers l'Espagne, les passages se font par le détroit de Gibraltar depuis les côtes marocaines entre Larache et Hoceima et les côtes algeriennes, à Oran.
Les deux villes entre l’Espagne et le Maroc, Ceuta et Melilla, sont deux autres point d'entrées pour l'Europe, même si leurs frontières sont fermées avec des doubles grillages de six mètres de hauteur.
Pour les îles Canaries les bateaux partent depuis les côtes du Sahara occidental, entre Tarfaya et Dakhla, de la Mauritanie, à Nouadhibou, du Senegal, de la Gambie et de la Guinée Conakry.
Les routes pour l'Italie partent de la Tunisie et surtout de la Libye, entre Zuwarah et Misratah, se dirigeant vers l'île de Lampedusa et la Sicile. Dernièrement les migrants commencent à partir aussi depuis Annaba, en Algerie, vers l'île de Sardaigne.
Pour la Grèce les migrants clandestins passe par la Turquie et embarquent à partir des côtes turques autour de Izmir, vers les petites îles grecques de Lesvos, Samos, Hios et Rhodes. Un autre passage est constitué par le confin entre Turquie et Grèce. Sur l'autoroute pour Alexandroupolis et Orestias, chaque année des milliers de migrants entrent en Europe cachés à l'interieur des camion en direction de la Grèce. Une fois à Athènes les migrants rejoignent Patras pour embarquer vers l'Italie, sur les ferry se dirigeant vers Ancone, Brindisi et Venise.


Il est cependant vrai de dire que les candidats à l’émigration clandistine prennent le risque de mourir et non pas un acte de mort volontaire ou de suicide. La même étude est aussi arrivée à la conclusion que plus les individus sont intégrés, moins ils se suicident, « les liens sociaux et la religion protègent aussi du suicide ».

A mon sens, la priorité est de trouver des solutions pour arrêter cette mortelle hémorragie de la force vive des nations du grand maghreb.
Commençons par exemple de trouver des postes d’emplois pour ces potentiels jeunes harragas. Le reste vient d’eux mêmes.

Ils n’auront besoin que de leur faire confiance !

Saïd KEBIR
Kebir_said@yahoo.fr

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